Michel Onfray, figure incontournable de la philosophie française contemporaine, n’a jamais hésité à porter son regard critique sur tous les domaines de l’activité humaine. Pour lui, il n’existe pas d’objets philosophiques a priori, mais seulement des traitements philosophiques possibles de tous les objets. Le sport n’échappe pas à cette règle. Loin des discours convenus célébrant les vertus du dépassement de soi et de l’effort physique, le philosophe développe une vision radicalement critique, voire choquante, du phénomène sportif. Une approche qu’il qualifie lui-même de nominaliste, profondément ancrée dans son expérience personnelle et corporelle. Préparez-vous à découvrir une pensée qui bouleverse nos certitudes les plus établies sur le sport.
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ToggleLes Racines d’une Aversion Personnelle
Pour comprendre la virulence de la critique d’Onfray, il faut remonter aux sources biographiques de sa pensée, car chez ce philosophe, l’intime et l’universel s’entremêlent constamment.
L’expérience fondatrice du philosophe avec le sport remonte à son enfance dans un orphelinat tenu par des prêtres salésiens en Normandie. Dans cet environnement qu’il décrit comme une véritable « caserne », régnait ce qu’il nomme un « culte du sport« . Mais attention, il ne s’agissait pas de célébrer le « beau corps » à la manière grecque, dans une optique esthétique et harmonieuse. Non, l’objectif était bien plus sombre : forger le « corps performant qui souffrait« , un corps discipliné par la douleur.
Cette éducation religieuse imposait une vision manichéenne du corps. D’un côté, la chair considérée comme pécheresse, de l’autre, l’effort physique comme purification. Le sport devenait ainsi un instrument de mortification, une manière de dompter les instincts et de soumettre le corps à l’esprit. Les prêtres salésiens utilisaient l’activité physique comme un outil de formatage moral, inculquant aux enfants l’idée que la souffrance était noble, que l’effort était vertueux par essence.
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Une analyse fascinante qui remet en question nos idées reçues
Paradoxalement, Onfray était naturellement doué pour les activités sportives. Il excellait dans les courses de fond et le saut en hauteur, se distinguant même lors de compétitions régionales. Cette aptitude physique aurait pu en faire un fervent défenseur du sport. Pourtant, cette excellence naturelle n’a jamais compensé le dégoût profond qu’il ressentait face à cette instrumentalisation de son corps. Le jeune Michel percevait intuitivement la contradiction entre le plaisir naturel du mouvement et l’idéologie punitive qui l’accompagnait. Il se rebellait contre cette transformation de l’activité physique en exercice moral, contre cette négation du plaisir corporel au profit d’une souffrance sanctifiée. Ce dégoût, loin de s’estomper avec le temps, s’est cristallisé en une critique philosophique radicale qui perdure encore aujourd’hui.
Cette dimension autobiographique est essentielle pour saisir la portée de sa critique. Onfray ne théorise pas depuis une tour d’ivoire académique, protégé par l’abstraction conceptuelle. Sa pensée du sport est corporelle, viscérale, enracinée dans une expérience vécue qui a marqué sa chair et son esprit. Elle porte en elle la mémoire des humiliations, des contraintes et des violences symboliques subies dans sa jeunesse.
Le Sport comme religion séculaire et instrument politique
Pour Onfray, l’affirmation selon laquelle « le sport est bon pour la santé » relève d’une forme de croyance religieuse, d’un dogme moderne qui ne souffre aucune contestation.
Cette « religion du sport » possède tous les attributs des grandes religions traditionnelles. Elle a ses temples (les stades), ses prêtres (les entraîneurs et commentateurs), ses rituels (les cérémonies d’ouverture, les hymnes nationaux), ses martyrs (les sportifs blessés au service de la performance), ses pèlerinages (les grands événements sportifs) et surtout, ses articles de foi incontestables. Celui qui oserait questionner les bienfaits du sport se verrait immédiatement taxé d’hérésie.
Cette « religion du sport » n’est pas innocente. Elle est portée et promue par des acteurs qui ont des intérêts économiques, sociaux et politiques précis à défendre. Les industries du sport génèrent des milliards d’euros, les médias en tirent leurs audiences, les institutions éducatives y trouvent un moyen de canaliser la jeunesse, les politiques s’en servent pour détourner l’attention des vrais problèmes sociaux. Tous participent à la construction et au maintien de ce dogme moderne.
Le philosophe établit un lien indissociable entre sport et politique, au sens grec de polis, la cité. Le sport n’est jamais une activité neutre ou purement individuelle. Il concerne fondamentalement l’éducation et l’instruction du corps au sein de la communauté. Il façonne les citoyens, leurs valeurs, leurs comportements, leur rapport à l’autorité et à la hiérarchie.
Onfray rappelle que tous les régimes totalitaires du XXe siècle ont instrumentalisé le sport. L’Allemagne nazie avec les Jeux Olympiques de 1936, l’URSS avec sa machine à champions, la Chine contemporaine avec ses investissements pharaoniques dans le sport de haut niveau. Ces régimes ont compris que le sport était un formidable outil de propagande, capable de cristalliser l’adhésion populaire et de légitimer le pouvoir en place.

Mais cette instrumentalisation ne se limite pas aux dictatures. Les démocraties occidentales utilisent également le sport comme un « opium du peuple » moderne. Pendant que les foules s’extasient devant les performances de leurs champions, elles détournent leur attention des inégalités croissantes, du chômage de masse, de la destruction de l’environnement. Le sport devient ainsi un puissant anesthésiant social, une distraction de masse qui empêche la prise de conscience politique.
Le Sport comme Modalité du Masochisme
Voici l’argument central et le plus provocateur de la pensée d’Onfray sur le sport, celui qui heurte le plus frontalement nos représentations communes.
Le philosophe considère le sport comme l’une des modalités du masochisme, une pratique qui révèle notre rapport névrotique à la souffrance. Cette thèse s’ancre dans une critique plus large de notre héritage culturel judéo-chrétien, accusé d’avoir opéré une identification perverse entre jouissance et souffrance, entre vertu et douleur. Saint Paul est désigné comme le grand responsable de cette névrose collective occidentale. En opposant radicalement l’esprit et la chair, en considérant le corps comme un ennemi à dompter, en prônant la chasteté et l’ascétisme comme voies vers le salut, le christianisme paulinien aurait « névrosé le monde ». L’« imitation du corps du Christ » supplicié devient le modèle de cette jouissance dans la douleur, de cette sanctification de la souffrance.
Cette glorification de la souffrance s’oppose radicalement à la position hédoniste défendue par Onfray. Pour un hédoniste conséquent, rechercher la souffrance pour elle-même est une aberration, une perversion de nos instincts naturels. Le plaisir, la joie, le bien-être devraient être les boussoles de nos activités, pas la douleur et l’effort.
L’exemple du marathon illustre parfaitement cette logique masochiste. Pourquoi s’imposer volontairement une épreuve de 42,195 kilomètres, distance arbitraire héritée d’un mythe grec ? Pourquoi célébrer ceux qui franchissent la ligne d’arrivée dans un état de délabrement physique extrême ? Cette course longue révèle, selon Onfray, notre fascination morbide pour l’auto-destruction contrôlée, notre incapacité à accepter les limites naturelles de notre corps.
💡 Les Manifestations du Masochisme Sportif
- Vocabulaire de la souffrance : « s’arracher », « cracher ses poumons », « donner sa vie »
- Glorification des blessés : Admiration pour ceux qui jouent malgré la douleur
- Culte de l’effort : Plus c’est difficile, plus c’est vertueux
- Négation du plaisir : Méfiance envers tout ce qui procure du bien-être sans effort
La Critique de la performance et du dépassement de Soi
La quête perpétuelle de performance constitue un autre angle d’attaque privilégié par Onfray, qui y décèle une fuite en avant existentielle révélatrice de notre époque.
« Toujours plus vite », « plus haut », « plus loin » : ces injonctions omniprésentes dans le monde sportif interrogent profondément le philosophe. Pourquoi se dépasser ? Pourquoi cette insatisfaction permanente ? Pourquoi ne jamais être content de ce que l’on est, de ce que l’on peut ? Cette logique du « toujours plus » révèle une incapacité fondamentale à habiter le présent, à jouir de l’instant.
Onfray compare cette dynamique au « tonneau des Danaïdes », ce supplice mythologique où les condamnées devaient remplir éternellement un tonneau percé. Le sportif s’engage dans un travail incessant, toujours recommencé, qui ne peut mener qu’à la frustration et à l’épuisement. Car le corps vieillit inexorablement, les réflexes se ralentissent, la force décline. Le champion d’hier devient le vétéran d’aujourd’hui, puis le has-been de demain. L’obsession du record illustre parfaitement cette logique absurde. On mesure, on chronomètre, on quantifie à l’infini des performances qui n’ont d’autre finalité qu’elles-mêmes. Le centième de seconde gagné sur un 100 mètres devient plus important que le plaisir de courir. La distance franchie en saut à la perche compte plus que la beauté du geste. L’être humain se transforme en machine à produire des chiffres, des statistiques, des données.
Cette logique de la performance contamine progressivement toute la société. Elle s’étend du sport au travail, de l’école à la vie privée. Partout, il faut être « performant », « optimal », « efficient ». Les applications de tracking transforment nos corps en tableaux de bord, nos vies en courbes de progression. Cette quantification généralisée de l’existence révèle notre incapacité à simplement être, sans avoir à prouver constamment notre valeur par nos performances.
Le Sport et l’éthologie : La Guerre continuée par d’autres moyens
Onfray propose une lecture éthologique du sport qui ne manquera pas de heurter les sensibilités, mais qui éclaire d’un jour cru les ressorts primitifs de la compétition sportive.

Parodiant la formule célèbre de Clausewitz sur la guerre et la politique, le philosophe affirme que le sport est « la guerre continuée par d’autres moyens ». Il s’agirait d’une forme civilisée, symbolique, métaphorique de guerre, mais une guerre tout de même, avec ses logiques de domination, de territoire et de violence.
Cette analyse s’enracine dans l’observation du comportement animal. Chez de nombreuses espèces, les mâles s’affrontent pour conquérir un territoire, séduire les femelles, établir leur position dans la hiérarchie. Ces combats, rarement mortels, permettent de régler les conflits sans destruction mutuelle. Le sport humain perpétuerait cette logique archaïque, transposant dans l’arène sportive les instincts de domination hérités de notre passé animal. Le sport révèle et perpétue une logique primitive de « mâle dominant, mâle dominé », de « possession de territoire ». L’essentiel n’est pas de participer, contrairement au mythe olympique de Pierre de Coubertin, mais de « massacrer l’adversaire », de « gagner », d’écraser l’équipe adverse. Le vocabulaire militaire omniprésent dans le sport (attaque, défense, stratégie, tactique, bataille) témoigne de cette parenté avec la guerre.
Le philosophe évoque l’exemple antique des Horaces et des Curiaces, où des champions représentaient des nations en guerre, évitant ainsi un carnage généralisé. Le sport moderne n’aurait fait que sophistiquer cette logique primitive, en substituant aux épées les ballons, aux lances les javelots, aux combats singuliers les affrontements collectifs. Cette dimension guerrière se manifeste particulièrement lors des grandes compétitions internationales. Les hymnes nationaux, les drapeaux, la comptabilisation des médailles par pays, tout concourt à transformer l’événement sportif en affrontement symbolique entre nations. Les athlètes deviennent les soldats d’une guerre pacifique, leurs victoires sont vécues comme des conquêtes territoriales, leurs défaites comme des humiliations nationales. L’analyse s’étend au sport amateur et de loisir. Même pratiqué « pour le plaisir », le sport conserve cette dimension compétitive, ne serait-ce qu’avec soi-même. On court contre le chronomètre, on pédale contre ses records personnels, on nage contre ses limites. La guerre continue, intériorisée, chacun devenant à la fois le général et le soldat de sa propre bataille contre ses faiblesses.
Les supporters incarnent parfaitement cette logique tribale. Regroupés par couleurs, scandant des chants guerriers, ils reconstituent spontanément les conditions psychologiques du combat. Leurs débordements, leurs violences, leurs haines révèlent la permanence des instincts primitifs sous le vernis de la civilisation sportive.
« Le sport révèle une logique archaïque de mâle dominant, mâle dominé. Il s’agit de la guerre continuée par d’autres moyens, une forme civilisée mais toujours primitive de domination territoriale. »
— Michel Onfray
Sport, narcissisme et corps « dernier royaume »
Onfray décèle dans la pratique sportive moderne une dimension profondément narcissique et égotiste qui révèle l’appauvrissement spirituel de notre époque.
Le sportif contemporain se regarde constamment : dans les miroirs omnipréents des salles de sport, sur les écrans de ses montres connectées qui quantifient chacun de ses mouvements, dans les yeux admiratifs ou envieux des autres, sur les selfies qu’il multiplie avant et après l’effort. Cette auto-observation permanente révèle une fascination morbide pour sa propre image, une incapacité à exister sans se voir exister.
Cette logique narcissique s’étend à la quête de reconnaissance sociale. Le sportif amateur court souvent moins pour son plaisir que pour pouvoir afficher ses performances sur les réseaux sociaux, collectionner les « likes », susciter l’admiration virtuelle. Ses exploits sportifs deviennent des produits de communication personnelle, des éléments de construction d’une image de marque individuelle. Le corps est devenu le « seul royaume », la dernière référence dans un monde où « tous les grands discours ont disparu ». Plus de transcendance religieuse crédible, plus d’utopies politiques mobilisatrices, plus de grands récits collectifs unificateurs. Face à ce vide existentiel, il ne reste que le corps individuel et sa quête de perfectionnement, dernier territoire sur lequel exercer une maîtrise illusoire. Cette focalisation sur le corps révèle paradoxalement un appauvrissement de notre rapport à la corporéité. Le philosophe évoque la question spinoziste « ce que peut le corps », mais suggère que le sport n’explore qu’une infime partie de ces potentialités. La sexualité, l’art, la danse, la méditation, la pensée elle-même offrent d’autres voies d’exploration corporelle, peut-être plus riches et moins aliénantes.
L’obsession moderne du « bien-être » illustre cette réduction de l’existence à la dimension corporelle. Tout doit converger vers l’optimisation physique : alimentation, sommeil, activité, récupération. L’être humain se transforme en machine à optimiser, perdant de vue que le bien-être authentique ne se décrète pas mais émerge naturellement d’un rapport harmonieux au monde.

Les applications de quantified self (Comme Strava ou Garmin Connect par exemple) poussent cette logique à l’extrême. Elles transforment le corps en tableau de bord permanent, réduisant la richesse de l’expérience corporelle à des données chiffrées. Le nombre de pas remplace la joie de marcher, la fréquence cardiaque supplante l’écoute de son souffle, les calories brûlées occultent le plaisir du mouvement.
Critiques de l’industrie sportive moderne
La dimension économique du sport moderne n’échappe pas au scalpel critique d’Onfray, qui y décèle un système d’aliénation particulièrement sophistiqué.
L’emprise de l’argent, des sponsors, des médias, des classements et de la télévision a radicalement transformé la nature du sport. Ce qui était autrefois une activité ludique ou rituelle est devenu un spectacle marchand gigantesque, une industrie du divertissement qui brasse des milliards d’euros. Les athlètes se transforment en produits marketés, leurs performances en marchandises vendues aux plus offrants, leurs corps en supports publicitaires ambulants. La question du dopage illustre parfaitement cette dérive systémique. L’utilisation massive de substances et de technologies pour améliorer artificiellement les performances révèle l’absurdité de la quête du « toujours plus ». Quand les limites naturelles du corps humain ne suffisent plus, on les repousse chimiquement, transformant l’athlète en cobaye d’un laboratoire géant.
Onfray, pourtant technophile assumé dans d’autres domaines, critique cet usage dévoyé de la technologie au service de la performance pure. Les combinaisons révolutionnaires en natation, les chaussures à plaque carbone en course à pied, les raquettes en matériaux composites au tennis transforment progressivement la compétition sportive en concours d’ingénierie. Ce n’est plus l’humain qui performe, mais la machine qu’il porte. La devise olympique « Citius, Altius, Fortius » (Plus vite, Plus haut, Plus fort) devient un « cache-sexe » qui masque la réalité économique brutale du sport moderne. Derrière ces nobles idéaux hérités de l’Antiquité se dissimule un marché impitoyable où seuls comptent l’audimat, les droits télévisuels et les retombées publicitaires.
Le philosophe pointe également le traitement médiatique différencié entre les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques. Cette différence de couverture, d’investissement et d’attention révèle crûment que seuls comptent vraiment la performance « top niveau » et le corps « parfait » selon les canons dominants. Les corps différents, les « victimes de la vie », les handicapés n’intéressent ni le capitalisme sportif ni la foule en quête de spectacle.
Cette ségrégation révèle l’hypocrisie du discours sportif moderne. On prétend célébrer l’effort, le dépassement, la volonté, mais on ne s’intéresse réellement qu’aux corps conformes aux normes de performance établies. C’est peut-être dans ces marges, suggère Onfray, dans ces pratiques sportives « mineures » ou « alternatives », que pourrait se trouver un « sport nominaliste » authentique, libéré des contraintes marchandes et spectaculaires.
Vers une Alternative : Hédonisme et Université Populaire du Sport
Malgré la radicalité apparente de sa critique, Onfray n’adopte pas une posture purement destructrice. Il esquisse les contours d’une alternative possible, d’un sport libéré de ses aliénations contemporaines.
Le philosophe imagine la possibilité d’un sport basé sur l’hédonisme, un « hédonisme joyeux » directement inspiré de l’école cyrénaïque antique fondée par Aristippe. Cette philosophie prônait la recherche du plaisir immédiat, l’art de jouir de l’instant présent sans se laisser empoisonner par les regrets du passé ou les angoisses du futur.
Un sport hédoniste privilégierait la joie du mouvement sur la performance, la beauté du geste sur l’efficacité, le plaisir partagé sur la compétition destructrice. Il s’agirait de retrouver ce que les Grecs appelaient la « kalokagathia », cette alliance harmonieuse entre le beau et le bon, entre l’esthétique et l’éthique.
Cette approche hédoniste ne signifie pas facilité ou laxisme. Elle implique au contraire une écoute fine de son corps, une attention subtile à ses besoins, une intelligence sensible de ses limites et de ses possibilités. L’hédoniste sportif ne cherche pas à nier la fatigue ou la difficulté, mais à les traverser avec grâce, sans s’y complaire masochistement.
Onfray propose même concrètement l’idée d’une « Université Populaire du Sport », sur le modèle de celle qu’il a fondée à Caen et qui a essaimé dans le monde entier. Cette institution permettrait de repenser théoriquement et pratiquement le sport en dehors des modèles dominants : masochisme judéo-chrétien d’un côté, capitalisme de performance de l’autre.
Cette université populaire offrirait un espace de réflexion critique sur les pratiques sportives, leurs enjeux philosophiques, leurs implications politiques. Elle permettrait aux pratiquants de sortir de la pure gestuelle répétitive pour interroger le sens de leurs activités, leurs motivations profondes, leurs effets sur leur existence.
L’appel à un « nominalisme sportif » constitue le cœur de cette proposition alternative. Le nominalisme philosophique refuse les universaux abstraits au profit des singularités concrètes. Appliqué au sport, il s’agirait de cesser de juger la performance de manière universelle et abstraite, en reconnaissant les inégalités fondamentales des corps, des histoires, des possibilités.
Chaque pratiquant pourrait alors se concentrer sur ses progrès individuels, ses projets personnels, ses plaisirs spécifiques, sans se comparer constamment aux autres ou à des normes extérieures arbitraires. Le nominalisme sportif libérerait chacun de la tyrannie de la norme pour l’ouvrir à la richesse de sa singularité corporelle.
Onfray souligne l’importance que des sportifs eux-mêmes, « ceux qui auraient souci de penser le sport », s’approprient cette réflexion philosophique. Les intellectuels extérieurs au monde sportif peuvent analyser, critiquer, proposer, mais seuls les pratiquants sont réellement en mesure de transformer de l’intérieur les habitudes, les mentalités, les pratiques. Cette révolution sportive ne peut venir que des sportifs eux-mêmes, devenus conscients des enjeux philosophiques et politiques de leurs activités.
🌟 L’Alternative hédoniste proposée par Onfray
- Sport hédoniste : Privilégier le plaisir du mouvement et la joie corporelle
- Nominalisme sportif : Reconnaître les singularités et refuser les normes universelles
- Université populaire : Repenser théoriquement les pratiques sportives
- Libération marchande : Sortir le sport de la logique capitaliste
La vision de Michel Onfray sur le sport bouleverse radicalement nos certitudes les mieux établies. Sport associé au masochisme chrétien, à la guerre primitive, au narcissisme contemporain, à l’hystérie collective et au capitalisme de performance : chaque aspect de sa critique vise juste et fait mouche, dérangeant nos habitudes mentales et nos évidences non questionnées. Plus qu’une simple critique destructrice, l’approche d’Onfray constitue une invitation salutaire à la réflexion critique et à l’expérimentation alternative. Elle ouvre des pistes pour inventer d’autres rapports au corps, au mouvement, à la performance, libérés des conditionnements religieux, politiques et marchands qui étouffent actuellement le potentiel émancipateur de l’activité physique. Une invitation qui dérange, certes, mais surtout parce qu’elle dérange nos conformismes et nos aveuglements volontaires.
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